Si la présentation (très attendue) mercredi dernier de l’iPad, dernier jouet de Steve Jobs , n’a pas déclenché en moi un besoin irrépressible et compulsif d’achat, les questions soulevées par l’ensemble des bloggeurs / twittos /gens autour de moi, concernant la dématérialisation de la lecture et les possibilités d’utiliser l’iPad comme un e-book m’ont en revanche beaucoup plus intéressée. ( Me rappelant également ma promesse de rédiger un compte rendu de la conférence donnée par le professeur Doueihi sur la sociabilité numérique, pour ceux qui n’avaient pas pu venir. )
Après avoir transformé intégralement notre rapport à la musique, il semblerait que le numérique investisse de plus en plus le territoire du support papier, de la presse bien sûr et de plus en plus, du livre. Wi-fi , Bluetooth, confort de lecture, autonomie, couleur, son vidéo, les lecteurs gagnent sans cesse en innovation, leur format se rapprochant de plus en plus des smartphones , ou de la tablette pour l’iPad. La commercialisation et le développement des e-books représentent une véritable révolution, au même titre que le fut l’invention de l’imprimerie au XVème siècle. À l’heure du numérique on peut toutefois s’interroger sur l’avenir du livre : quel futur pour les maisons d’édition, les bibliothèques et les libraires ? Comment notre rapport au livre va-t’il être transformé ? Milad Doueihi, historien du religieux dans l’Occident moderne, écrivain (et accessoirement conférencier au Celsa !) s’est penché sur ce qu’il appelle « la grande conversion numérique » et livre son point de vue dans l’ouvrage éponyme. Selon Douehi, la révolution numérique serait d’abord un processus civilisateur, caractérisé par l’émergence d’une nouvelle culture ; (la culture numérique) secouée par l’apparition de fractures et de conflits.
Les fractures numériques concernent d’abord la compétence numérique : Les nouveaux modes de lecture à l’écran, aidés d’outils d’agrégation d’information comme les flux RSS, n’ont pas encore été compris et adoptés par tous, il faut un minimum de culture pratique pour pouvoir utiliser ces outils. Le phénomène est d’ailleurs bien analysé dans L’âge de l’accès de Jeremy Rifkin : la culture numérique favorise les jeunes qui sont à l’aise dans le monde du cyberespace et du commerce électronique. La fracture numérique représente un fossé séparant la génération des « digital natives » de leurs aînés, auquel s’en ajoute un autre, économique et social, celui qui sépare les connectés des non-connectés.
La seconde fracture oppose les tenants et les opposants des DRM (Digital Rights Management) , terme anglais pour Gestion des droits numériques, la protection technique des droits d’auteur et de reproduction dans le domaine numérique : ces mesures technologiques provoquent le débat, car elles restreignent la lecture des œuvres au seul équipement certifié par le diffuseur. Ces mesures se révèlent d’ailleurs à plus ou moins long terme insuffisantes : ainsi en décembre 2009 un pirate Israélien serait arrivé à briser le système de protection mis en place par Amazon sur le Kindle de sorte que les livres numériques soient désormais lisibles sur n’importe quel autre appareil.
Enfin, la dématérialisation des œuvres pose le problème de la mutation des métiers du livre, mais également de la mutation de la lecture. Voici comment Douehi interprète le possible les nouveaux rapports à la lecture « Puisque la lecture change, les professions qui lui sont liées changent aussi, l’écriture, la presse et l’édition, le commerce du livre. Si nous vivons actuellement une période de transition qui crée à ces métiers des difficultés sérieuses, il n’est pas évident, du moins pour l’avenir prévisible, que le livre traditionnel soit réellement en danger. Lire en ligne n’est pas la même chose que lire un livre : les deux opérations sont réellement différentes. La lecture en ligne permet d’accéder rapidement à des passages choisis; elle est souvent discontinue, fragmentaire et liée à la nécessité de citer, elle est principalement décontextualisée et comparative. La plupart des lecteurs en ligne préfèrent posséder à la fois les versions imprimées et numériques de leurs livres. »
Cependant les éditeurs n’ont pas attendu la création des e-books pour verser dans la dématérialisation : depuis des années, le secteur de l’édition travaille en numérique, qu’il s’agisse des auteurs, des dessinateurs, des maquettistes, ou des imprimeurs. L’évolution du support papier au support numérique semble donc tout à fait logique, prévisible.
Quant aux projets de création d’une bibliothèque virtuelle, mondiale et ouverte à tous, ( projet mis en place notamment par l’omniprésent Google qui a numérisé les livres de vingt-huit bibliothèques, parmi lesquelles celles de Harvard, Stanford et Oxford. ) l’idée en elle-même est quasiment aussi vieille que les premiers papyrus : rappelons qu’en -200 av JC des « chasseurs de livres » sillonnaient le royaume d’Alexandrie en quête de tous les manuscrits qu’ils pouvaient trouver, dans le but de créer une bibliothèque de tous les savoirs, répertoriant tous les livres existants !
Toutefois, pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus par les ebooks, et qui préfèrent encore sentir le papier sous les doigts, une alternative pourrait se profiler à l’horizon : le Li Bel ( voir image ci-dessus) « le marque-page intelligent », présenté par sa créatrice comme l’objet qui « fait le lien entre le livre imprimé et l’univers numérique ». Le Li Bel, petite tablette dotée d’un écran tactile, conçue en papier électronique, vient s’associer au livre pendant la lecture et fournit des informations complémentaires au récit tel que des images, des sons, des vidéos et des textes de référence. Un concept assez flou pour l’instant puisque l’objet n’est qu’au stade du prototype, mais qui pourrait être développé dans les années à venir ( on l’espère !).





J’ai hâte de voir comment va évoluer le marché de la lecture numérique! Le papier ne peut pas mourir, espérons qu’ebook et journaux trouvent un terrain d’entente pour se tirer mutuellement vers le haut!