Il s’assit en face
de moi et tira un livre de sa sacoche. Même format que le mien, 175×122mm. Il jeta un œil moqueur à mon Zola, des centaines de pages jaunies prêtes à se déchirer. Il ouvrit son roman, je me replongeais dans ma lecture en gardant un œil sur lui. Jamais il ne tournait les pages. Autour de moi, les gens étaient plongés dans leurs écrans, je me sentis exclue avec mon vieux papier et ma couverture souple. Ils avaient sous les yeux le choix entre plus de 100 ouvrages alors que je n’en avais qu’un.
Mais nous n’en sommes pas encore là. Le livre électronique, ebook ou encore e-reader selon les modèles, n’en est qu’à ses balbutiements. Une brêche dans laquelle s’engouffrent les professionnels du numérique et de high-tech, espérant sans doûte déclencher là une révolution comportementale semblable à l’arrivée du téléphone portable. D’après Armand Agha, attaché de presse chez Sony qui a eu l’amabilité de répondre à mes questions, « Le Reader est conçu pour tous ceux qui souhaitent accéder à une lecture variée sur un dispositif compact et portable. D’après nos études le Reader intéressera particulièrement les personnes qui empruntent chaque jour les transports en commun ou qui voyagent fréquemment. Cependant, de nombreux adeptes de la lecture à la maison pourront facilement adopter le Reader puisqu’il permet d’éviter les bibliothèques imposantes et encombrantes. »
Sony lance courant octobre son e-reader, en partenariat avec la Fnac tandis que SFR et Orange développent des versions test. Le principe est simple. L’appareil est doté d’une capacité de stockage de 160 livres chez Sony et, fidèle à la mode ou l’impératif de convergeance, permet aussi de charger de la musique. Autre nouveauté, l’essor des sites permettant de télécharger des livres en ligne. La FNAC s’associe à Sony pour permettre le téléchargement de ces livres sur le e-reader. Orange et SFR développent des partenariats avec des maisons d’éditions, notamment Hachette, et de presse pour diversifier leur offre.
Le livre, dépossédé de sa valeur d’objet, se voit ainsi rejoindre l’économie de l’immatériel. Le coût de production d’un livre supplémentaire est nul. Il en est de même pour les titres de musique téléchargés sur le net. Dès lors se pose le problème de la gratuité. L’internaute n’a pas l’impression d’acheter un bien, car il n’a pas d’objet tangible entre les mains. Dès lors, il ne lui est pas évident de devoir payer pour l’obtenir, puisque la production de ce livre supplémentaire n’a rien coûté. Pour Laurent Terry, auteur du thriller Manipulé aux Editions Plon et ayant participé à la version test du Ebook de SFR que j’ai interwievé par mail, « la numérisation est une vraie opportunité d’attirer à la littérature un nouveau lectorat[…]. Les professionnels du secteur doivent s’attacher à favoriser cette innovation tout en préservant l’équilibre économique de la chaîne du livre par des moyens de protection efficaces. Il en va du dynamisme de la création elle-même »
Le Ebook a de l’avenir, mais pour Laurent Terry, ne remplacera pas le précieux objet qu’est le livre : « Je me projette volontiers dans une utilisation de l’Ebook en situation de mobilité. L’été, plutôt que d’alourdir ma valise de kilos de romans ou sur une banquette de métro. Il s’agit bien pour moi d’un outil complémentaire du livre lui-même. » Sony ne mise pas non plus sur une disparition du livre papier, mais sur la cohabitation d’une lecture nomade grâce au eReader avec la lecture traditionelle. Comme Armand Agha le précise, « Le Reader fait partie d’une lignée d’innovations inévitables et participant à l’évolution de nos sociétés, qui permettra un plus grand confort. Cependant, le Reader n’a pas vocation à remplacer pleinement le livre papier : il complète l’offre de support, pour une utilisation différente que le livre classique, et répond à une réelle demande. »


Je doute de la capacité du reader à vértiablement émerger, car après tout le reader ne permet de remplir q’une seule fonctionnalité, celle de la lecture
Nous sommes aujourd’hui à l’heure du multifonction : avec mon téléphone portable, je peux naviguer sur le net, envoyer des mails, téléphoner, prendre des photos, regarder des films, écouter de la musique et pouquoi pas lire un roman…