En janvier, Alain Joyandet, le secrétaire d’Etat chargé de la coopération et de la francophonie avait lancé le concours « Francomot » : les étudiants et élèves étaient invités à envoyer par mail des équivalents français à cinq termes anglophones : « chat », « buzz », « tuning », « newsletter » et « talk ». Les noms des lauréats ont été révélés mardi 30 mars, entrainant chez Infrason une petite reflexion sur la langue, l’argot et le globish.Commençons par les gagnants :
-« ramdam » pour « buzz »
-« débat » pour « talk »
-« bolidage » pour « tuning »
-« infolettre » pour « newsletter »
-« tchatche » ou « éblabla » pour « chat ».
Entre mots-valises (« infolettre »), fantaisies à la Queneau (« éblabla »), recyclages un peu ternes (« débat » : un brin décevant, non ?), et emprunts à d’autres langues ( !) (« ramdam » est un mot d’origine arabe, dérivé de « ramadan ») le concours a inspiré de vraies petites perles :
-pour remplacer « buzz », des candidats ont ainsi songé à « ibang », « échoweb » ou « réseaunance ».
On ne peut que saluer la créativité des candidats et apprécier la poésie –et la pertinence- de certaines propositions. Ceci dit, la presse a globalement commenté avec espièglerie le projet d’Alain Joyandet. Après tout, était-ce une priorité ? Après le débat sur « l’identité nationale », on nous rejoue l’éternelle tragédie de la perte de la langue françoise, la plus belle qui soit, comme chacun sait. Et les mélancoliques de noter que les Anglo-Saxons n’utilisent des mots français que lorsqu’il est question d’amour ou de gastronomie (« fiancé » ; « rendez-vous » ; « moutarde de Dijon »)… comme si parler des innovations technologiques en français dans le texte nous était interdit.
Se voilerait-on la face ? Parler le globish sur la Toile ( !) est assez légitime : à défaut d’un Esperanto du numérique, nous disposons de cette langue facile, qui n’est pas de l’anglais mais une version exportable de celui-ci. Cet anglais du pauvre –car beaucoup de puristes anglophones peuvent à leur tour critiquer le gobish- permet de réaliser l’idéal d’Internet (le partage sans entrave des données, en un temps toujours plus court). Alain Joyandet a rappelé, dans la présentation du concours, que le français est parlé sur 5 continents, mais par qui ? Par les élites de Pondichéry ? Par celles de Djerba ?
Il est toujours un peu suspect de défendre son petit territoire, et a fortiori dans un monde ouvert comme Internet. Et même si l’objectif du concours est plutôt d’encourager les Français à utiliser, dans le langage courant, le mot « infolettre », c’est un peu court. La langue ne cesse d’évoluer, les « mauvaises » habitudes sont bien ancrées. Utiliser Facebook en anglais et reprendre un refrain des Beatles pour son statut, c’est épouser la religion du « cool » mais pas seulement : ce plurilinguisme est aussi ouverture d’esprit, intérêt marqué pour d’autres cultures et triomphe d’une pop culture plus complexe qu’il n’y paraît. Et cela n’empêche pas les jeunes internautes d’aimer leur langue maternelle et d’y être sensibles : les étudiants qui ont participé à ce concours ont sans doute eux aussi un profil Facebook et regardent certainement Lost en version originale sous-titrée…



Et un joli lien vers Le Monde pour compléter tout ça :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/03/30/tout-un-ramdam-pour-abandonner-le-mot-buzz_1326510_3224.html
On doit rebaptiser l’agence RamdamMan… :/
Très intéressant ton article ma ptite Mélodie ! J’espère qu’il fera un gros « ramdam » !