La Fondation Cartier propose du 7 juillet au 29 novembre l’exposition Né dans la rue, regroupant des graffs en provenance du monde entier et retraçant l’histoire de cet art en mal de reconnaissance. Un premier pas courageux vers l’acceptation du graffiti comme une œuvre d’art légitime, qui pose la question de la manière dont il doit être mis en valeur.
Guernica, tiré de son contexte historique, nécessite une explication pour être saisi dans sa complexité. Le sourire de Mona Lisa redouble de mystère lorsque l’on a conscience du génie de Léonard de Vinci. Le graff a-t-il besoin d’être éloigné de la rue dans laquelle il est né pour devenir un art légitime? Est-ce son exposition dans un musée qui lui procure ce statut?
Jadis jeunes d’une quinzaine d’années vivants dans les quartiers défavorisés de NY, aujourd’hui issus des banlieues, ils dessinent sur des murs gris, sales, sur des rames de train ou le long des autoroutes, parfois au péril de leur vie. Ils viennent, comme le groupe MCZ, de Montreuil, ou de capitales du monde entier. La Fondation Cartier expose l’art du graffiti sur des panneaux blancs et proprets, qui centrent le regard sur le dessin, les formes, les couleurs, plutôt que sur le monde auquel il appartient.
Déconnecté du Rap et du Hip-hop, de l’agitation de la rue, le graff est extrait de son univers où il est oeuvre de dénonciation et revendique sa différence. Il est au musée une oeuvre dont on a égaré le message. Le parisien ne voit pas, en se rendant à l’exposition, les graffs qui bordent le long des lignes de RER. Pourtant l’exposition commence ici, où l’oeuvre baigne dans son contexte. Elle exprime les interdits qu’il a fallu braver pour atteindre un mur vierge, les espoirs d’une génération qui semble ne plus en avoir.
Le graffiti est entré dans la catégorie des arts de rue. Au musée, il reste l’art auquel on a oté la rue. Aux amateurs de venir admirer ces oeuvres à leur place et non aux artistes de rue de s’exposer dans les musées.


Ton point de vue est intéressant, tu sembles bien t’y connaitre mais surtout il est le quasi opposé de ce que beaucoup reprochent à cette expo ( que j’ai surveillé pdt un mois et connais donc plutôt « bien ») à savoir justement se focaliser bcp voire bcp trop sur le contexte socio-économique d’émergence du graff à New-York dans les années 70 ….et qui fait aujoud’hui son succès
Quant à ton regret du hip-hop, entre le rap brésilien du film sur le pixaço (graff de Sao Paulo) et le hip-hop old school de Wild Style il est déjà bien présent …
Le graff en galerie fera débat encore longtemps … pour les puristes restent les graffeurs qui viennent s’exercer sur la palissade qui leur est laissée à disposition devant la Fondation (261, bd Raspail)
[...] L’art décentré: Exposition “Né dans la rue”, Fondation Cartier [...]
En effet l’exposition vaut le détour! La partie « historique » rez de chaussée retrace très bien l’évolution du mouvement et le reportage sur le pixaço (bien qu’un peu long) mérite qu’on s’y intéresse. Les graffs de la palissade paraissent certes quelque peu artificiel par rapport aux « premiers » tags -pus militants et audacieux – mais permettent de compléter l’exposition avec cohérence. Profitez des derniers beaux jours pour aller y jeter un oeil!